La Brocante Antiquité

UN PETIT TOUR DE FRANCE DU MOBILIER REGIONAL

De plus en plus nombreux sont ceux et celles qui, après l’engouement pour le mobilier contemporain dans les années 1960 1970, retrouvent la nostalgie des meubles d’antan. Il est vrai que la patine chaleureuse du mobilier ancien sait apporter un charme incomparable à tout type d’intérieur. De plus, ces meubles tous chargés de passé ont un caractère séduisant. Autant de critères qui permettent de redonner à notre cadre de vie une individualité et une originalité qui trouvent leurs racines dans un patrimoine à la fois historique et géographique.
En outre, la rareté des meubles de style authentiques a naturellement guidé les amoureux de l’ancien vers les meubles régionaux. Ces amateurs ont su reconnaître leur originalité et leurs qualités intemporelles. Le charme de leur ornementation patiemment travaillée, leur beauté fonctionnelle, et leur variété, expliquent l’attachement que l’on peut éprouver pour ces meubles.


Armoire arlésienne en noyer

Les meubles régionaux : entre exceptions culturelles et échanges prolifiques

Les meubles régionaux français ont tous comme un petit air de famille. Conçus dans un but utilitaire, ils n’en présentant pas moins ont une ornementation élaborée qui ne masque en rien leur caractère fonctionnel. Ces meubles au charme bucolique se distinguent selon les besoins de leurs propriétaires, selon les mœurs et bien sûr le climat de leur région d’origine. Plus particulièrement, ils étaient adaptés à la maison à laquelle ils étaient destinés. Enfin, leurs formes et couleurs ont souvent été influencées par le matériau le plus facilement disponible dans la province considérée.
En effet, Bourgogne, Provence, Bretagne, Normandie, ces noms évoquent un mobilier aux caractéristiques propres. Mais il faut savoir que dans chaque province le travail personnel de l’artisan a pu donner naissance à des modèles très différents d’aspect et même de conception. Il ne faut pas oublier, non plus, qu’à côté des motifs traditionnels d’une région, nous pouvons voir sur certains meubles l’influence d’un régionalisme lointain. Cette influence est parfois tout simplement due au voyage d’un artisan local venu, par exemple, s’installer de Bretagne en Provence, ou au déménagement d’un propriétaire dont les meubles auront pu être imités dans sa région d’adoption. Notons aussi que certains artisans ont mêlé, parfois avec bonheur, les grands styles classiques, pour faire des meubles originaux.

Emancipation par rapport à la capitale

Si Paris donne le ton et crée des styles à son image, les provinces inventent des meubles solides, des meubles durables, pleins de personnalité. Le vrai meuble régional, c’est celui de la vie quotidienne et le reflet fidèle de la société. Le menuisier de province française ne se contente pas d’interpréter les grands styles officiels ; il leur donne un caractère original en ajoutant aux critères parisiens une spontanéité et une fraîcheur inédite.
Le meuble de province se distingue encore du meuble parisien en ce sens que chaque meuble est conforme à son usage, à son utilité. Dépourvu d’effets gratuits, il remplit avant-tout sa fonction première. Conçu dans un pays rude, il saura préserver du froid ; produit dans une région chaude, il aura la couleur du soleil et reflétera l’âme de sa province.


Armoire forte de Clément-Louis Bigot – Paris

Une classification quasi impossible

Les meubles régionaux ne sont pas de ceux que l’on classe dans des catégories, qu’elles soient historiques, stylistiques ou géographiques. Si chaque province a son style propre, il est souvent difficile d’en définir l’originalité car généralement définie par de nombreuses influences. En effet, dans une même région, la diversité est inévitable. Un meuble donné varie d’un artisan à l’autre au sein de la même région. Inversement, il arrive que d’une région à l’autre, l’on retrouve de curieuses similitudes, d’étroits liens de parenté à priori inexpliqués. Plus encore, l’époque précise à laquelle appartient un meuble est malaisée à déterminer. D’une part car l’ouvrage est rarement signé et daté, d’autre part car les nouveautés parviennent jusqu’à l’artisan plus ou moins tard selon le lieu. L’on sait que la majorité des meubles régionaux datent de la seconde moitié du XVIII° siècle, mais on connaît assez mal leur source. Détruits ou dispersés, les meubles antérieurs à cette époque sont rarement là pour nous la dévoiler.

Les meubles provençaux : la finesse et l’élégance

On trouvera les plus beaux meubles provençaux en Arles, en Avignon, tandis que les plus rustiques, mais aussi les plus authentiques sont nés dans la région du Var ou dans les petits villages des Basses Alpes. Fidèles à l’esprit de leur région, les meubles provençaux sont légers, élégants, raffinés sans jamais être prétentieux. Créés au pays du soleil, ils offrent à la lumière des moulures fines et nettes : des sculptures délicates abondamment fleuries, des motifs gais et optimistes. Taillés dans le noyer clair, le citronnier, le mûrier, le poirier, le buis ou l’olivier, ils éclairent mas et bastides de leurs reflets blonds chauds et profonds. L’Italie, leur plus proche voisine, leur apporte des contours ondulés et gracieux, des pieds finement tournés, avec juste ce qu’il faut de préciosité. Plus particulièrement, l’armoire, est un meuble essentiel. Généralement en noyer elle est ventrue, de proportions imposantes, mais de lignes légères, finement travaillées ; et les moulures profondes voisinent avec des motifs décoratifs plus délicats : paniers fleuris de roses et de jasmin, guirlandes, urnes, colombes, gerbes de blé, etc.


Armoire normande – XIX° siècle

La célèbre armoire normande !

Le mobilier qui constitue le décor intérieur des maisons normandes est assez varié et important, mais c’est l’armoire qui y occupe la place prépondérante. Cette importance est double car l’armoire a une importante valeur sentimentale. En effet, l’armoire normande est avant tout une armoire dite « de mariage ». Elle contient letrousseau et représente la dot de la mariée. Si elle n’était pas forcément placée dans la chambre des époux, elle occupait toutefois la meilleure place de la plus belle pièce, car elle représentait aussi un symbole du rang social de la jeune épousée. Il n’était alors pas permis à tout le monde d’en posséder une, elle est réservée à une couche aisée de la société, au “sachant”, à l’intellectuel. Le bois de chêne (dans près de 85% des cas) qui la constitue est gage de qualité mais c’est surtout l’ornementation qui va jouer comme critère. C’était en effet son abondance qui en déterminait (et en détermine encore) la valeur.
Les armoires normandes sont généralement de style Louis XVI et Louis XV. Mais c’est à la fin du XVIII° et au cours de la première moitié du XIX° siècle que le meuble connaît son âge d’or. Il possède à ce moment une valeur hautement symbolique.

Meubles du nord : la chaleur des meubles face à la rigueur du climat

S’il est vrai que les régions froides donnent les intérieurs les plus chaleureux, le Nord ne faillit pas à la réputation, considérant que le décor dans lequel on vit quotidiennement est de grande importance. Les plus riches choisissent des meubles cossus d’inspiration Renaissance à la géométrie simple, ornés de colonnes, de moulures et de pointes de diamant. Dans les milieux plus simples, les meubles sont exécutés par l’artisan local, le plus souvent dans la pièce même à laquelle le meuble est destiné.
C’est traditionnellement dans le chêne, le merisier, le tilleul que le sculpteur laisse libre cours à son imagination. Quant aux meubles moins travaillés, ils sont taillés dans le pommier, le poirier, le prunier, l’orme ou le cerisier. Les mêmes modèles seront en merisier en Artois, et en chêne en Picardie. Plus particulièrement, l’armoire – écartée de la salle commune – est simplement ornée : moulures larges ou plates, cannelures, fleurs simplettes sont ses principales décorations.


Armoire bressane vers 1800

Le meuble bourguignon : signe extérieur de richesse

Terre des cours ducales et royales, des gouvernements fastueux, des gens de qualité, la Bourgogne a engendré des meubles indéniablement bourgeois et aristocratiques.
Le meuble bourguignon est essentiellement un meuble de château, un meuble richement sculpté. L’école de Dijon, due à Hughes Sambin a d’ailleurs laissé à la région des œuvres architecturales et décoratives remarquables. Les sculptures abondantes de guirlandes de fruits, draperies, cariatides forment un ensemble somptueux proche de l’art flamand.
La Bresse possède son propre style en termes de mobilier, dont les célèbres armoires dite « bressane » étaient les plus recherchées. Devant l’abondance de la forêt et la diversité des essences de bois, l’artisan Bressan a conçu des meubles comprenant deux types de bois, donnant ainsi au mobilier bressan le nom de « mobilier à deux tons ». La façade est constituée d’une essence lumineuse (poirier, cerisier ou noyer) et les panneaux sont en loupe d’orme ou de frêne.
Témoin d’un meilleur niveau de vie en Bresse au cours du XVIII° siècle, l’armoire bressane sera porteuse de la qualité d’imagination et d’exécution de l’artisan bressan. Généralement, l’armoire était offerte à l’occasion des noces d’une jeune fille : elle contenait sa dot et participait même au cortège nuptial le jour des noces placée sur un char, donnant lieu à un véritable cérémoniel.

Le mobilier breton : magnifique et mythique, à l’image de la région

Région magique et secrète la Bretagne se présente en gardienne farouche de ses traditions et de son identité. Ces exceptions culturelles vont directement influencer le mobilier breton ; un mobilier non influencé par des styles différents officiels. Un mobilier magnifique qui ne ressemble à aucun autre.
Pour commencer, les motifs peuvent être classés en trois catégories bien distinctes :
Les ornements celtiques (type triskel, spirales, enroulements, entrelacs), les ornements de style gothique flamboyant (fleurons, lobes, ogives, fenestrages) et enfin les ornements de type Renaissance, tout en médaillons, têtes d’anges, personnages et plumes.
L’armoire bretonne, version plus grande du coffre, grandit pour devenir une sorte de bahut d’inspiration Louis XIII à deux rangées de petites portes. Ces armoires sont massives (épaisseur de bois de 5 à 6 cm) et sans corniche pour pouvoir être accolées au lit clos. L’armoire par la suite s’enrichit de panneaux et de grosses moulures disposées en couronne. La plus décorée, originaire du haut pays, est à double fronton et constituée de deux bois différents : noyer ou fruitier pour la façade, chêne pour tout le reste. Sculptée naïvement de fleurs, d’objets religieux elle possède des moulures accusées, des cuivres finement découpés, des serrures à crémones.

 

Comme les oeuvres d’art, comme les traditions, le mobilier régional appartient au patrimoine. Jusqu’à la fin du XIX° siècle, chaque style d’habitation régionale avait son mobilier caractéristique.Le charme du mobilier ancien tient donc moins à la beauté de ses lignes ou à la qualité de son ornementation qu’à l’harmonie essentielle qui le relie au climat, au paysage et aux traditions du terroir. Ce petit aperçu proposé par Expertissim vous permet aujourd’hui de découvrir les richesses du mobilier régional.

Par Elodie LUTUN (étudiante à l’ICART)

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