LES “BARBARES”, CES SULTANS QUI NOUS ATTIRENT

Caverne d’Ali Baba, souks, éléphants, sultans et princesses sensuelles : la construction du mythe :


Pendant toute la période médiévale, les seules idées que se faisaient les occidentaux de l’Orient résidaient dans des préjugés tenaces nés des conflits malheureusement nombreux entre ces deux groupes culturellement et religieusement très distincts. Les orientaux, autant que les occidentaux, étaient très pieux et voulaient donc faire la guerre aux païens : les tentatives d’invasions et de combats armés étaient fréquentes. En cas de relations plus cordiales, les Ottomans étaient reconnus par les Occidentaux pour le commerce de la soie et autres textiles précieux, de fourrures, de tapis et de pierreries.

Mais le regard occidental change dès les premières années du XVIIIe  grâce à la traduction française des merveilleux Contes des Mille et une Nuit, recueil d’aventures et d’intrigues mystérieuses typiquement orientales. Ces poèmes constituent le point de départ de cette attirance irrationnelle pour le monde des Sultans, attirance qui poussera des dizaines d’artistes à partir en Afrique du Nord ou en Turquie. Mais pour les artistes qui ne voudront pas faire le voyage risqué, les Contes s’établiront d’eux-mêmes comme la Bible de l’orientalisme. Les Turqueries investissent alors autant la littérature, que la musique, la peinture ou le décor d’ameublement. La machine orientaliste est en route.


Qui veut être peintre orientaliste doit voyager

C’est au XIX° siècle qu’explose véritablement l’engouement pour l’Orient que l’on pense autant luxueux que mystérieux. Les nombreuses campagnes en Egypte, Algérie ou en Turquie attisent également cette curiosité grandissante : les artistes veulent partir pour voir de leurs propres yeux à quoi ressemble ce monde méditerranéen.

Victor Hugo écrit ses Orientales, Delacroix relate les Massacres de Chio, Ingres dépeint les fameux bains turcs habités par des chairs souples et sensuelles. Les intellectuels veulent donc percer les mystères de ses régions inconnues et ramener de vraies images en Europe : le voyage sur place s’impose. Les artistes s’improvisent explorateurs, profitant des charges consulaires, scientifiques ou commerciales qui leur sont confiées pour se documenter et étudier ces cultures nouvelles.

Le voyage est parfois un grand bouleversement pour l’artiste : il ne le fait qu’une fois dans sa vie mais l’expédition le marque psychologiquement et artistiquement jusqu’à la fin de sa vie. Les palettes évoluent très nettement, deviennent plus chaudes, plus rouge, afin de mieux exalter la chaude lumière méditerranéenne. Il est par la suite parfois impossible de revenir au style initié avant le voyage. Il existe bel et bien un « avant » et un « après » l’Orient.


Mais quel voyage !

Les curieux s’exposent à de nombreux dangers et s’impliquent dans une aventure périlleuse, ce qui, paradoxalement, excite l’appétit de l’artiste. Le voyageur occidental devait être doté une bonne dose de bravoure pour avoir envie d’un tel voyage car il n’était certainement pas habitué à dormir dans un caravansérail spartiate, entouré de chameaux. Le pauvre artiste était aussi en proie aux maladies et au brigandage, surtout s’il dormait à la belle étoile dans le désert. Même le travail est source de problèmes ! Les artistes, qui ne se contentent pas de retranscrire des paysages sur leurs carnets de croquis, veulent rapporter en Europe des images des coutumes, des personnalités et des activités quotidiennes. Or, la religion musulmane est assez réfractaire à la représentation humaine, ce qui oblige les artistes à faire leurs croquis en cachette.

Ne nous leurrons donc pas ! Le voyage est plus un mythe qu’une réalité et nombre de peintres orientalistes n’ont voyagé qu’autour de leur chevalet grâce aux récits de voyages souvent aquarellés des plus courageux, inspirés par les objets ramenés et les premières photographies prises sur le terrain. Pour les peintres espagnols les plus couards par exemple, le voyage se situe en Andalousie, terre d’inspiration déjà inépuisable mais pas trop lointaine.

Pauline Balayer (étudiante à l’Ecole du Louvre)

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