L’ART NOUVEAU, PLUS QU’UNE REVOLTE : UNE REVOLUTION

La bijouterie fut une des expressions les plus créatrices et réussies du style Art Nouveau. De merveilleux objets d’une exceptionnelle beauté furent créés ; sensuels, féminins et inspirés par la nature.


Bijou représentant un paon – Lalique

L’Art Nouveau : quand la nature supplante le diamant

L’Art nouveau est un mouvement artistique de la fin du XIX° et du début du XX° siècle qui s’appuie sur l’esthétique des lignes courbes. Né en réaction contre les dérives de l’industrialisation à outrance et la reproduction sclérosante des grands styles jugés « pompeux et inhibés », c’est un mouvement soudain, rapide mais également très bref et puissant puisqu’il connaîtra un développement international.
S’il comporte des nuances selon les pays, les critères sont communs : l’Art nouveau se caractérise par un vocabulaire d’expression beaucoup plus autonome, un libre cours laissé à l’inventivité, la présence de rythmes, couleurs, ornementations, inspirés des arbres, des fleurs, des insectes, des animaux, introduisant une certaine sensibilité au décor quotidien.
Si les motifs des bijoux Art Nouveau ont fait preuve d’une impressionnante variété, les motifs naturalistes en particulier eurent un succès très marqué. En effet, l’intérêt des époques Victorienne et Classique pour le monde de la nature trouva pleinement son bonheur avec  la naissance de l’Art Nouveau. Papillons, libellules, serpents, fleurs de lotus, lilas, pavots, iris et feuilles de lierre furent les motifs dominants. Les plantes exotiques aussi eurent beaucoup de succès, comme les feuilles de Ginkgo ou les orchidées. Tout un répertoire qui retranscrit une poésie et une délicatesse incomparable aux objets, en particulier les bijoux.


Libellule Lalique

La joaillerie revisitée par l’Art Nouveau

Durant les deux siècles précédant l’Art Nouveau, la joaillerie fine s’était centrée sur les pierres précieuses, particulièrement sur les diamants. La préoccupation du joaillier consistant principalement à former un cadre adapté, afin que la pierre resplendisse.
Avec l’Art Nouveau, un type inédit de joaillerie voit le jour, motivé et dirigé par le concept du dessin artistique, ne donnant plus l’importance centrale du bijou à la pierre sertie. En effet, l’objectif final à atteindre était l’originalité, la beauté du bijou et non seulement la valeur intrinsèque des matériaux utilisés. Ainsi, dans la majorité des créations, les pierres précieuses cédèrent leur place prédominante, les diamants étant relégués à un rôle subsidiaire en combinaison à des matériaux moins habituels comme le verre modelé, l’ivoire et la corne.
L’influence du style Art Nouveau se retrouve dans tous les types de bijoux : bagues, broches, colliers, pendentifs, bracelets, mais aussi boutons de manchettes, épingles à chapeau, boucles de ceintures, diadèmes … Les bijoutiers principaux du style Art Nouveau que furent Louis Comfort Tiffany, René Lalique, Philippe Wolfers, Karl Fabergé et Georges Fouquet, s’en donnèrent à coeur  joie, créant des bijoux extraordinairement beaux et originaux, foisonnant de femmes fatales, bestiaires fantastique, superbes papillons, libellules et fleurs exotiques.
L’art de la joaillerie connut ainsi un coup de jeune incontestable par le biais de l’Art Nouveau et son vocabulaire organique.


Wolfers – Orchidée – élément pour cheveux

Le joailler se fait créateur

Les joaillers furent aux premières loges de cette révolution stylistique, expérimentant de nouvelles formes, de nouveaux matériaux et de nouvelles techniques. Leur statut va alors évoluer pour prendre une connotation artistique et un prestige à la hauteur de leurs réalisations.
Les joailliers de Paris et Bruxelles furent les principaux instigateurs de cette mode Art Nouveau appliquée à la joaillerie, lui donnant un nouveau souffle. Les joailliers désiraient effectivement se démarquer, tout en inscrivant ce nouveau style dans une tradition, puisant leur inspiration dans la Renaissance : évoquons notamment les bijoux en or émaillé et sculpté. La perception du métier de joaillier évolue, il est dès lors considéré par ses créations comme artiste et non plus comme artisan.
La renommée du style Art nouveau ne se fera pas attendre, et les critiques français contemporains furent unanimes : l’art de la joaillerie traversait une transformation radicale. C’est d’ailleurs dans cette voie qu’un joailler et maître verrier en pleine ascension connaîtra une incroyable renommée : le célèbre René Lalique. En effet, les créations Lalique s’inscrivirent indéniablement dans le mouvement Art Nouveau, glorifiant la nature, et amplifiant un répertoire d’éléments peu conventionnels jusqu’alors –les libellules et plantes – inspirés par les dessins de l’art japonais.


Attache de foulard, proposée par Expertissim

Un joailler égyptophile ?

Pour ajouter à notre lecture une petite touche d’exotisme, abordons de plus près ce petit scarabée proposé par Expertissim, que l’on pourrait croire fraichement inhumé du sable égyptien. Plus qu’un support privilégié à l’étude de l’Art Nouveau, il est aussi une occasion rêvée d’aborder une autre facette de l’art français encore bien vivace à l’aube du XX° siècle : l’égyptomanie.
A la recherche de nouveaux motifs et en quête avide d’authenticité, certains créateurs-joaillers vont ainsi stimuler la soif d’exotisme du public, et suggérer l’évasion à travers leurs créations.
De tout temps, l’Egypte antique est une source inépuisable d’histoires et de personnages fascinants qui ont alimenté l’imagination populaire : Toutankhamon et son trésor, la beauté (et le nez ) de Cléopâtre, Isis et Osiris, sans oublier la momie : sujet « porteur » par excellence. Tous les domaines de l’art et de la vie quotidienne furent, à un moment ou à un autre,  affectés par l’égyptomanie. En 1900, cette tendance avait déjà plus d’un siècle, née de la campagne napoléonienne. Cette expédition ne fut pas seulement une campagne militaire ; Bonaparte emmena avec lui des savants et des artistes qui purent étudier et peindre à loisir les vestiges de l’ancienne Égypte. La passion de l’Egypte s’alluma comme un feu de paille et l’on vit se multiplier les courses effrénées aux antiquités pour satisfaire la demande des collectionneurs et des musées. De plus, la découverte de la pierre de rosette et la construction du canal de Suez renouvelèrent efficacement cette curiosité pour la civilisation égyptienne. Cette mode se traduisit dans de nombreux domaines : en musique notamment avec le célèbre opéra de Verdi : Aïda, en littérature avec le bien-connu Roman de la Momie de T. Gautier.
Enfin, au printemps 1900, lors de l’Exposition universelle à Paris, le public put apprécier les vestiges égyptiens découverts par le savant dijonnais Albert Gayet. Cette manifestation spectaculaire confirma une véritable tendance égyptophile dans la mode parisienne, soulignant l’intérêt croissant porté à cette civilisation.

Par Elodie LUTUN (étudiante à l’ICART)

Source Photos: http://www.lankaart.org/article-33911632.html