FONTE A LA CIRE PERDUE OU FONTE AU SABLE?

Le bronze, alliage de cuivre et d’étain, est un matériau usité et recherché depuis les temps les plus anciens. Bien évidemment, les techniques de fabrication d’un objet en bronze ont évoluées et il est souvent important, surtout pour les bronzes du XIXème siècle, de pouvoir reconnaître le type de fonte utilisée.

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Jeanne d’Arc attribuée à Marie Christine d’Orléans

La technique de base n’a pas changé à travers les siècles : après avoir modelé un objet en cire, on le recouvre d’un mélange à base d’argile, on le fait cuire, ce qui vide la cire, puis on y coule le bronze. Il ne reste qu’à briser le moule de terre cuite pour voir apparaître l’objet.

Cependant, en Occident, les techniques se sont perfectionnées et des systèmes ont été mis en place pour augmenter la qualité du bronze ainsi que le rythme de production. Deux grandes techniques sont particulièrement utilisées : la fonte à la cire perdue et la fonte au sable.


La fonte à la cire perdue est effective dès l’Antiquité et a la primeur par rapport à la fonte au sable jusqu’au XIXème siècle où elle est abandonnée au profit de cette dernière.

Jusqu’au XVIIème siècle, on parle de fonte sur modèle épluchée. L’artiste réalise une ébauche en terre dont le fondeur va user la surface (« éplucher ») sur 0,5 à 1 cm. Le modèle est alors cuit puis rendu à l’artiste qui reconstitue alors la surface en cire, en rajoutant des boudins de cire en guise d’évents.

Le tout est alors recouvert d’une chape en plâtre qui va former un moule. Une nouvelle cuisson permet à la cire de s’échapper laissant ainsi un espace entre le moule et le noyau ; ce dernier étant fixé au moule par des clous. C’est dans cet interstice que le bronze est coulé. Une fois celui-ci froid, le moule est cassé, les évents coupés et le noyau gratté.
Ce procédé présentait cependant l’inconvénient de perdre l’œuvre originale et donc de ne pouvoir faire qu’une seule pièce avec.
A partir du XVIIème siècle et ce jusqu’aujourd’hui, les fondeurs réalisent un moule en gélatine qui peut être réutilisé de nombreuses fois.

Pour cela, le plâtre original est entouré d’une pâte à modeler et le tout est recouvert d’une chape de plâtre. Une fois le plâtre sec, les trois épaisseurs sont démontées, la pâte à modeler retirée et l’œuvre est replacée dans la chape. La gélatine va donc pouvoir être coulée dans l’espace vide laissé par la pâte à modeler. La gélatine durcie va ainsi constituer un moule élastique, solide et facile à manipuler.

Ce moule va permettre de réaliser un positif transitoire en cire de l’œuvre finale. De la cire est coulée dans le moule que l’on retourne rapidement afin que seule une fine couche de 1 à 1,5 cm ne subsiste. C’est sur ce positif transitoire que sont finalisés les détails de l’œuvre avec, notamment, les signatures du fondeur et de l’artiste.

Puis on retrouve la technique traditionnelle : des colombins de cire sont placés en guise d’évents et le tout est recouvert de plâtre. Une fois le plâtre sec, l’ensemble est chauffé entre 800 et 900° pour extraire la cire. Le bronze en fusion (1100°) est ensuite coulé. Quand tout est froid, le plâtre est cassé et les évents sciés. Le bronze est terminé.

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Panthère signée Masson

Pour reconnaître un bronze fondu à la cire perdue, il convient de regarder l’intérieur. En effet, les formes prises par le bronze gardent la mémoire de la cire et  sont donc souples et courbes. Par ailleurs, un bronze à la cire perdue est toujours fondu d’un seul tenant, il n’y a donc jamais de traces de montage. Enfin, on remarque aisément que toutes les inscriptions faites sur le bronze ont d’abord été réalisées directement sur de la cire.

Néanmoins au XIXème siècle, 99% des bronzes sont fondus selon la technique de la fonte au sable. Si tel n’est pas le cas, la mention « cire perdue » est d’ailleurs obligatoire sur le bronze même.


La fonte au sable nécessite un moule constitué d’un bac rempli de sable très fin et possédant la capacité de durcir une fois pressé. Dans ce moule va être prise l’empreinte de l’œuvre souhaitée. Il faut donc deux moules pour réaliser les deux faces d’un objet. Pour réaliser l’empreinte de l’œuvre dans le moule, on utilise soit un modèle en plâtre, s’il s’agit de la première réalisation de l’objet, soit un exemplaire en bronze qu’on appelle le chef-modèle, en ce qui concerne une production en série.

Avant de refermer le moule, un noyau en sable silico-argileux est fabriqué puis usé. Il adopte alors une forme géométrique. La présence du noyau permet une économie de bronze. Ce noyau est donc fixé au centre du moule avec des épingles. Une fois le bronze coulé et refroidi, le noyau est enlevé à l’aide d’un crochet.

La marque du fondeur et celle de l’artiste doivent être mises après la fonte. Elles sont soit inscrites, soit estampillées, soit pastillées (une pastille de laiton est insérée dans le bronze).

Pour réaliser une œuvre de grande taille, il faut la fractionner puis chaque partie est remontée avec des tenons, mortaises et rivets.

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Héron attribué à Jules Moigniez

On reconnaît également un bronze fondu au sable en regardant l’intérieur. Non seulement, il peut présenter des montages mais aussi on retrouve souvent des traces de sable (gris, marron, beige). De même, la signature apposée après fonte est facilement reconnaissable.

Manuella de Brondeau

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