
Jean-Baptiste MILLET (1831-1906) : Côtes de Gréville.
Le frère du Maître, un disciple qui a su prendre son envol :
La famille d’artistes Millet est bien connue pour ses scènes réalistes représentant la vie paysanne au quotidien auprès du foyer, les glaneurs et les gardeurs de troupeau. Pourtant, Jean-Baptiste, frère du très célèbre Jean-François Millet qui était de dix-sept ans son aîné, excellait tout autant dans l’art du paysage que dans la peinture plus rustique. Jean-Baptiste Millet fit ses premières armes dans l’atelier de son frère, artiste dont il s’inspira tout au long de son œuvre. Il assimila d’autant mieux la manière de son frère qu’il en reproduisit les chefs-d’œuvre en gravure, tels que la Bergère assise. Néanmoins, plusieurs de ses aquarelles ont été présentées à la deuxième exposition Impressionniste qui a eu lieu en 1876 à la galerie Durand-Ruel ; celles-ci témoignent des talents de l’artiste à savoir représenter l’atmosphère avec transparence et légèreté, annonçant un ralliement aux nouvelles doctrines esthétiques qui privilégient la contemplation des paysages brumeux.

Le paysage au XIXe, les artistes à la conquête de la nature :
L’Académie Royale de Peinture, créée par Richelieu en 1648 par Charles Le Brun imposait les sujets aux artistes et privilégiait la peinture d’histoire au Salon. La peinture de paysage, qui fut longtemps méprisé par la hiérarchie des genres, connut son siècle de gloire au XIXe.
A partir des années 1830, la forêt de Barbizon devint un véritable lieu de pèlerinage pour les peintres qui aimaient peindre sur le motif, c’est-à-dire en plein air. Cela devint possible grâce à l’invention industrielle du tube de peinture souple, qui permettait de transporter et conserver les pigments hors de l’atelier et donc de se laisser aller aux plaisirs de la peinture en extérieur. Dès lors, des personnalités comme Camille Corot ou Jean-François Millet constituèrent l’« Ecole de Barbizon » où la peinture de paysage n’était plus dévalorisée mais au contraire constituait le pilier de la création artistique. A l’aube du socialisme, les paysans qui labouraient les terres avec humilité rendaient la campagne encore plus admirable.
Puis, vinrent les impressionnistes menés par Monet, Manet, Pissarro et Sisley, qui affirmaient l’héritage de Jean-François Millet. Ces artistes conquirent également Barbizon comme en témoigne le fameux Déjeuner sur l’herbe (1863) et excellaient particulièrement dans l’art du paysage naturel où l’on ne distinguait que les lignes d’horizon et les figures qui s’en détachaient. Millet affirmait d’ailleurs qu’il ne voyait que deux choses lorsqu’il peignait : le ciel et la terre séparés par l’horizon, ce qui frappe d’ailleurs dans le dessin de Jean-Baptiste Millet qu’Expertissim présente.
Jean-Baptiste Millet, un artiste démiurge :
Bien que le peintre ai préféré la technique du fusain à la peinture en tube pour représenter cette marine représentant les côtes de Gréville, sa ville natale, le paysage a bien été dessiné sur le motif, dans la lignée des conceptions artistiques initiées par l’école de Barbizon. Cependant, le paysage ne contient aucune figure humaine, laissant tout l’espace naturel vierge afin que le contemplateur puisse, comme l’artiste, s’abandonner à la rêverie et à l’admiration du paysage immense qui à cette époque n’était pas encore conquis par les baigneurs.
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