CULTE ET CULTURE : LA RICHESSE ARTISTIQUE DES ICONES RUSSES
À l’origine, le terme « icône » désignait, dans le monde chrétien, toute image religieuse, quelle qu’en soit la technique : peinture, mosaïque, orfèvrerie, tissu… Dans l’acception moderne, il désigne une « image religieuse » peinte ou sculptée, destinée au culte chrétien, et plus spécifiquement orthodoxe.
De Byzance à Moscou : une formidable diversité des styles
Originaire de Byzance, c’est dans une Russie convertie au christianisme depuis le X° siècle, que l’art de l’icône trouve une terre d’accueil particulièrement fertile. Très vite, des ateliers de peinture se développent à Kiev, Souzdal, Rostov, Novgorod, Pskov et Moscou, menant cette peinture à son apogée. L’icône russe devient dès le XII° siècle un art unique en son genre, reconnaissable à sa technique artistique et son langage iconographique particulier. À partir du XIV° siècle, Moscou s’impose également dans cette iconographie religieuse et Maître Denis, puis Roublev contribuent au nouveau rayonnement de l’école de Moscou. Roublev est un nom d’autant plus important qu’il compte parmi les premiers peintres d’icônes à être identifié et nommé. En effet, la tradition exige l’absence de signature car l’iconographe est seulement l’instrument de l’Esprit Saint. Au mieux pendant de longs siècles, peut-on identifier la provenance d’une icône selon son style qui va en déterminer l’école. Ce style varie bien sûr selon la date de réalisation, ainsi les traits de caractère évoluent selon si l’œuvre appartient aux premiers siècles de la chrétienté, si elle provient du Moyen Age, de la Renaissance (où l’influence italienne est manifeste), du XIX° siècle (au caractère saint-sulpicien) ou encore du XX° siècle, avec le retour aux traits théologiques originels.
Le message de la foi
Parmi toutes les formes d’art graphique, l’icône occupait la première place dans la vie quotidienne Russe, constituant l’unique symbole de la foi et la principale forme d’expression de la pensée religieuse et du sentiment populaire. Considérée comme un pont entre l’homme et la divinité, l’icône est avant tout un support de la foi. Constituée de symboles, comme les lettres avec lesquelles on pourrait écrire un texte sacré, l’icône – et par extension la religion – se fait ainsi accessible à tous : « Si un païen vient à toi et te demande : montre-moi ta foi, mène-le à l’église et montre-lui les saintes images. » En effet, l’icône a toujours eu le même but que l’œuvre littéraire : elle devait produire une mutation dans la conscience du récepteur : elle devait imprimer son esprit et son cœur, jusqu’à guider son attitude sur la voie du Bien.
Plus qu’une œuvre cultuelle, le symbole et l’identité d’un peuple
Art de transmission de la vie dogmatique et spirituelle pour les croyants orthodoxes, l’icône est aussi et surtout un art qui représente le peuple de ses croyants à travers les époques, les régions, les mœurs, les contextes socio-politiques… bref, à travers leur Histoire. C’est pourquoi une icône byzantine racontera une histoire différente d’une icône russe, c’est pourquoi une icône de l’école de Moscou révélera complètement autre chose qu’une icône de l’école de Novgorod. L’icône occupe donc une place d’importance dans l’Église orthodoxe : elle est le symbole d’une foi vivante qui traverse les époques chargée de son message divin.
Pour les profanes, l’iconographie orthodoxe est davantage une richesse culturelle et historique. Elle témoigne d’une culture exceptionnelle et renseigne les différents experts et chercheurs sur l’évolution des peuples orthodoxes ; ce sont des cartes identitaires d’une valeur inestimable, en plus de représenter un caractère artistique des plus admirables. Elle nous informe sur les mouvements de la foi, sur les divisions et les rapprochements dogmatiques, sur la vie et les mœurs des nombreux croyants, etc.
Cette théologie vivante exprimée par les icônes russes reflète la beauté de Dieu et de ses saints. Ces images saintes se révèlent être au cœur de la spiritualité orthodoxe. Etant donné l’importance de son rôle et son inspiration byzantine, l’icône russe vient s’inscrire dans la continuité d’une grande tradition artistique et son évolution offre un exemple unique d’artisanat d’art.
Par Elodie LUTUN (étudiante à l’ICART)
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