CHARLES MASSE, PIGMALION DE LA TERRE CUITE AU XIXe SIECLE


Les bustes de terre cuite de Charles Massé 1855-1913 :

 


Le portrait en 3 dimensions :

 

Expertissim présente des bustes de terre cuite de Charles Massé que l’on pourrait qualifier de portraits, sans pourtant en connaître les identités, tant ils sont expressifs.

L’art du portrait existe depuis l’Egypte ancienne dans l’art funéraire et servait à représenter les grands personnages dans le monde de l’au-delà, afin de mieux les accompagner après la mort. Il faut attendre la Rome antique pour voir l’apparition de portraits en bustes : ces statues de pierre ou de marbre à but politique, incarnent l’autorité d’un homme puissant tout en laissant à la postérité une image de sa personne et de son œuvre. Après avoir été longtemps réservé aux hommes illustres, à la représentation des seigneurs détenteurs du pouvoir temporel et aux grands hommes d’Eglise qui financent une œuvre d’art à la gloire de Dieu, le portrait s’émancipe et acquiert une dimension privée au XVe. Les commanditaires que constituent la bourgeoisie émergeante flamande, les courtisans et nobles italiens désireux de reconnaissance sociale, n’hésitent plus à se faire représenter en peinture comme en sculpture, en buste, en pied ou à cheval, tels des héros antiques. Ces modèles hésitaient beaucoup à se faire représenter dans un contexte quotidien mais préféraient à cela les mises en scène symboliques et allégoriques qui les valorisaient. Le XVIIIe verra l’introduction du portrait psychologique, prélude à la période romantique de l’expression du Moi, où derrière des aspects d’oeuvre non-finie, tout l’art du portrait est concentré sur la figure intime du sujet, qui constitue a elle-seule une gamme infinie d’émotions et de sentiments.

Le XIXe, et surtout la fin de ce siècle, voit le triomphe de la statuaire et du portrait. Ces œuvres sont commandées par la bourgeoisie désireuse d’orner les appartements haussmanniens de portraits de famille, plus simples et plus humbles ; la sculpture préfigure alors le rôle de la photographie que n’est encore qu’expérimentale. On apprécie beaucoup les bustes d’enfants souriants et innocents, de jeunes femmes élégantes et l’on fait aussi bien appel aux artistes pour la sculpture de grands hommes qui siègeront sur la place publique, que pour des images plus intimes et plus personnelles. Les ateliers de portraits connaissent leur âge d’or et diffusent des œuvres pour un public bien plus large que ce qu’il put être dans l’histoire du portrait.

 

 

L’étendue des émotions humaines incarnée dans une terre cuite :

 

C’est dans ce contexte que Charles Massé crée ses bustes de terre cuite, auxquels il donne parfois une polychromie pour mieux leur donner vie. Le petit couple élégant qu’Expertissim présente se font pendant, se sourient affectueusement et vivent vraisemblablement un échange de regards entendus. C’est avec la plus grande complaisance que nous partageons ce moment complice si bien incarné dans l’argile.

Le buste de Jeune Femme Maure témoigne, quant à lui, d’une manière différente du contexte artistique du XIXe. L’attrait pour l’exotisme s’accroit sans cesse, comme cette œuvre peut en témoigner. Charles Massé nous donne à voir un moment de méditation, pendant lequel cette personne pensive mais concentrée, tournée vers le ciel avec toute l’attention que pourrait y mettre une personne charnelle, est peut-être en prière. Nous ne pouvons qu’avoir envie de partager avec elle cette minute de réflexion, rendue atemporelle par l’art de la sculpture.

 

Pauline Balayer (étudiante à l’Ecole du Louvre) 

 

 

 

 

 

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